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Tableau 3 sur 7 · Exposition 435-1
La Sidération
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Les faits — La Sidération
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Témoignage — La Sidération
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Les faits
Comment les familles apprennent-elles la mort ? Rarement dans des conditions dignes. Souvent par téléphone, parfois par les réseaux sociaux, parfois par un voisin qui a vu les gyrophares. L'État, qui a tué, ne prend généralement pas la peine d'organiser l'annonce.
La famille n'obtient pas le statut de victime. En droit, le défunt est souvent celui contre qui une procédure est ouverte. Une procédure ouverte contre un mort — cela a-t-il un sens ?
Le corps est saisi pour autopsie. La famille ne peut ni le voir, ni le toucher, ni commencer à faire son deuil. Elle attend des jours, parfois des semaines. Elle apprend ensuite que des organes, des prélèvements ont été conservés. Est-il normal qu'une famille découvre, deux ans après les obsèques, qu'elle doit venir récupérer les entrailles de son enfant ?
L'accompagnement institutionnel est quasi inexistant. L'État a causé la mort, mais il ne se retourne pas pour regarder ce qu'il laisse derrière lui.
Pour les familles racisées, la blessure est encore plus profonde. Elles comprennent, dans la brutalité de cette perte, que la couleur de peau de leur enfant a compté plus que son casier vierge, plus que ses projets, plus que sa vie. Peut-on encore parler d'égalité républicaine quand les morts se ressemblent tous ?
Témoignage
Le téléphone sonne. Vous décrochez. Et le monde s'arrête. Pas d'un coup. Par morceaux. D'abord les mots, qui arrivent mais que vous n'arrivez pas à assembler. Hôpital. Tir. Votre fils.
Votre fils est mort. Votre fils a été tué. Par un homme en uniforme. Par un agent de l'État français.
Vous voulez le voir. On vous dit non. Son corps ne vous appartient plus. Il est une pièce à conviction, un élément de procédure. Vous, qui l'avez porté neuf mois, qui l'avez nourri au biberon à trois heures du matin, vous n'avez plus le droit de le toucher.
Et puis, deux ans plus tard, le téléphone sonne encore. On vous dit qu'il reste quelque chose. Des organes. Des prélèvements. Conservés à la morgue. On avait oublié de vous prévenir. On vous demande de venir les récupérer. Vous devez enterrer votre fils une deuxième fois.
Cette balle n'a pas tué une personne. Elle a traversé une famille entière. Elle a fabriqué des orphelins. Elle a planté dans des dizaines de vies une douleur qui ne partira jamais. Et personne ne viendra s'excuser. Parce que la loi dit que ce n'en était pas une erreur.

