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Tableau 2 sur 7 · Exposition 435-1

La Fabrique du Récit

La Fabrique du Récit — Peinture

Audiodescription de la peinture

Audiodescription — La Fabrique du Récit
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Écouter — Les faits

Les faits — La Fabrique du Récit
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Écouter — Témoignage

Témoignage — La Fabrique du Récit
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Les faits

Après le tir, les premières déclarations des policiers impliqués structurent immédiatement le dossier. Dans la plupart des cas, ils ne sont pas placés en garde à vue. Ils sont entendus en audition libre, dans un cadre plus souple, alors même qu'ils viennent de faire usage de leur arme avec une issue mortelle. Est-ce que n'importe quel citoyen bénéficierait du même traitement après avoir ôté la vie à quelqu'un ? Le récit initial est presque toujours le même : menace imminente, véhicule dangereux, nécessité de tirer pour protéger une vie. Cette constance, d'une affaire à l'autre, mérite d'être interrogée. Ce premier récit n'est pas neutre. Il alimente les premiers communiqués, oriente la lecture du parquet, façonne le traitement médiatique, et pèse sur toute la suite de la procédure. Avant même que la famille ait accès au dossier, une version est déjà écrite, publiée, intériorisée. Les données disponibles dessinent un profil récurrent. Des hommes, jeunes, souvent entre 17 et 25 ans. Issus de quartiers populaires. Noirs ou Arabes dans une proportion qui ne peut pas être le fruit du hasard. 80 % des jeunes Noirs ou Arabes ont été contrôlés par la police entre 2012 et 2017 selon le Défenseur des droits. L'article 435-1 n'a pas créé ce déséquilibre. Mais il s'y est greffé. Il a donné un cadre légal à des pratiques qui existaient déjà, et il a rendu leurs conséquences létales.

Témoignage

Votre fils ne rentre pas. Au début, vous croyez à un retard. Puis à une panne de téléphone. Puis à un accident. Vous appelez une fois, dix fois, vingt fois. La sonnerie continue. Personne ne répond. Puis on vous donne une phrase. Une phrase froide, prête à l'emploi. Il y a eu un tir. Votre fils était dans un véhicule. Il a refusé d'obtempérer. Et très vite, avant même que vous sachiez exactement comment il est mort, le récit est déjà là. On vous explique qu'il a foncé. Qu'il menaçait. Que le policier n'avait pas le choix. Puis une vidéo sort. Quelques secondes filmées par un passant avec un téléphone qui tremble. Et ces quelques secondes détruisent en un instant ce qu'on vous répétait depuis des jours. La voiture ne fonçait pas. Le danger n'était pas celui qu'on vous avait décrit. Le tir a pourtant eu lieu. Votre fils est pourtant mort. À ce moment-là, quelque chose se casse définitivement. Votre fils est mort. Et c'est à vous, maintenant, de prouver qu'on ment sur sa mort.
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