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Tableau 6 sur 7 · Exposition 435-1
L'Impunité
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Écouter — Les faits
Les faits — L'Impunité
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Écouter — Témoignage
Témoignage — L'Impunité
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Les faits
Dans les affaires de tirs policiers mortels, la présomption de légitime défense fonctionne comme un point de départ implicite. Ce n'est pas au tireur de démontrer qu'il était en danger. C'est à la famille de prouver qu'il ne l'était pas. Cette inversion de la charge de la preuve est-elle compatible avec les principes fondamentaux du droit pénal ?
Le conflit d'intérêts est structurel. Les magistrats travaillent au quotidien avec les policiers. Poursuivre un policier, c'est fragiliser cette relation de dépendance mutuelle.
Les procédures durent quatre, cinq, dix ans. Les juges d'instruction changent tous les deux ou trois ans, et chaque nouveau juge repart de zéro. La mémoire du dossier se dilue. Est-ce de la lenteur ? Ou une forme d'épuisement organisé ?
Pendant ce temps, le policier auteur du tir continue d'exercer. Il porte toujours une arme. Il n'est ni suspendu, ni muté. Pour l'institution, tant qu'il n'est pas condamné, il n'a rien fait. Et la condamnation n'arrive presque jamais.
Dans l'écrasante majorité des cas, les tirs policiers mortels ne donnent lieu à aucune condamnation pénale. Ce chiffre, à lui seul, devrait interroger.
Témoignage
Imaginez qu'on vous appelle pour vous dire que les vidéos ont été perdues. Les vidéos du meurtre de votre fils. Pas des vidéos anodines. Les vidéos de ses dernières secondes de vie. Perdues. Point.
Imaginez que le témoin que vous avez retrouvé vous-même soit finalement interrogé. Mais pas par le juge d'instruction. Par un policier. Dans un commissariat de la ville natale du tireur.
Imaginez que vous receviez un courrier recommandé du tribunal vous informant que les scellés de votre dossier ont été égarés. Les preuves matérielles. Les vêtements de votre fils, encore tachés de son sang. Égarés.
Imaginez quatre ans de procédure. Puis cinq. Puis sept. Puis dix. Dix ans à attendre qu'on vous dise ce qui s'est passé la nuit où votre fils a été tué. Dix ans pendant lesquels le policier qui a tiré continue de travailler, de porter une arme, de vivre.
Elles ne demandent pas la vengeance. Elles demandent un procès. Elles demandent que quelqu'un, quelque part, regarde ce qui s'est passé et dise la vérité. Ce n'est pas une faveur. C'est un droit. Et ce droit leur est refusé.
L'impunité n'est pas l'absence de justice. C'est la justice qui vous regarde, et qui détourne les yeux.

