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Tableau 7 sur 7 · Exposition 435-1

L'Utopie

L'Utopie — Peinture

Écouter — Les faits

Les faits — L'Utopie
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Écouter — Témoignage

Témoignage — L'Utopie
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Les faits

Ce que nous demandons sera qualifié d'utopique. Nous le demandons quand même. Revenir à la légitime défense. Abroger l'article L. 435-1 et rétablir le cadre antérieur à 2017 : le tir n'est justifié que face à un danger actuel, immédiat et proportionné. Parce qu'un refus d'obtempérer ne peut pas être une condamnation à mort. Créer un organe d'enquête véritablement indépendant de la police — composé de magistrats, de citoyens et d'experts, sans lien hiérarchique ni fonctionnel avec les forces de l'ordre. Réformer la justice. Des juges d'instruction spécialisés, qui suivent les dossiers de bout en bout. Un accès immédiat et complet au dossier pour les familles. Protéger les preuves. Rendre obligatoire la conservation de toutes les images de vidéosurveillance autour de tout tir policier. Sanctionner pénalement leur destruction. Suspendre immédiatement tout agent auteur d'un tir mortel et lui retirer son arme jusqu'à la fin de l'enquête. Ces mesures existent, en partie, dans d'autres démocraties européennes. Elles ne sont utopiques que dans un pays qui a choisi, jusqu'ici, de protéger sa police plutôt que ses citoyens.

Témoignage

Imaginez un pays qui prenne soin. Un pays où, quand un agent de l'État ôte une vie, la première réaction n'est pas de protéger le tireur, mais de s'agenouiller devant la famille. De dire : nous avons failli. Nous allons comprendre. Nous allons répondre. Imaginez une Assemblée nationale qui ressemble au peuple. Où siègent des gens qui connaissent le prix d'un loyer en banlieue, le goût de la peur au contrôle routier, le poids d'un dossier qu'on porte seul pendant dix ans. Imaginez une justice qui ne détourne pas les yeux. Qui ne perd pas les scellés. Qui ne change pas de juge tous les trois ans. Imaginez un pays où les enfants — Souheil, Nahel, Rayana, Aboubakar, Adama, Zyed et Bouna — grandissent sans peur. Où leurs noms ne sont pas des hashtags mais des prénoms d'enfants vivants, aimés, libres. On nous dira que c'est une utopie. Peut-être. Mais si réclamer le droit de vivre est une utopie, alors c'est ce monde-ci qui est fou. Une loi permet de tirer. Des familles apprennent à survivre. Cette exposition existe parce que cette loi existe encore. 435-1 m'a tué·e. Mais nous, nous sommes encore là.
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